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Film de Juan José Campanella, 2010

avec Ricardo Darin, Soledad Villamil, Pablo Rago

 
L’Histoire (Allociné)

1974, Buenos Aires. Benjamin Esposito enquête sur le meurtre d’une jeune femme. Vingt cinq ans plus tard, il décide d’écrire un roman basé sur cette affaire classée. Ce travail d’écriture le ramène à ce meurtre qui l’obsède depuis tant d’années mais également à la relation qu’il avait avec sa collègue de travail. Benjamin replonge ainsi dans cette période sombre de l’Argentine où l’ambiance était étouffante et les apparences trompeuses…

Analyse

Ce thriller est original, différent des autres films de ce genre. En terme de lumière, d’acteurs ou de scénario, il est décalé par rapport à nos critères européens. Par ailleurs, il nous propose un faux rythme, assez typique du profil Neuf : à des périodes d’action succède un tempo plus lent. La personnalité des protagonistes est joliment mise en valeur. La parole existe, mais elle est entrecoupée de prises de vue pour filmer les regards et rendre compte de l’épaisseur des émotions, souvent non exprimées. Les second rôles sont formidablement incarnés et le tout laisse un goût, sinon de chef d’œuvre, en tous cas d’un très bon moment.

Le profil Neuf survie

Benjamin Esposito est dans un rôle de Neuf survie. Son tempérament est plutôt constant et il n’a ni l’intensité d’un tête-à-tête, ni l’adaptation du social. Il est dans sa vie, ni plus, ni moins. Une routine dans laquelle il semble se sentir bien. Les Neuf sont souvent moqués à ce sujet : comment peut-on aimer la routine ? Placé à un autre niveau, la question devient : comment faisons-nous pour devenir à ce point insensibles aux petits bonheurs du quotidien ? Pour peu que la vie soit répétitive : même travail, même trajet, même emplacement de bureau, le profil Neuf survie se sent sécurisé, gagne en confiance, en productivité, en imagination. C’est le cas, ici. Certes, dans les mêmes circonstances, d’autres Neuf survie pourraient s’endormir dans ce ronron douillet. Mais on parle trop souvent de ces derniers et pas assez de cette attention portée aux petites choses du quotidien, propre à tous les survie, mais particulièrement aux Neuf.

Par ailleurs Benjamin Esposito a ce ton de voix plutôt tranquille, apaisant. Il a aussi cette nonchalance, ce côté pas vraiment pressé, tant dans sa démarche que dans son verbe. Et puis, en bon Neuf, quand il lui semble que c’est l’heure, il passe du rythme du diesel à celui de la Ferrari. L’image de l’éléphant est de retour.Il a l’air tranquille, comme ça, et puis, par à coups, le tonnerre gronde ! Souvent, il a besoin de temps pour digérer les informations importantes. Comme si son intelligence corporelle avait besoin d’assimiler « corporellement » ces informations avant de pouvoir les traiter mentalement.

Il va mettre vingt ans à déclarer sa flamme à sa bien-aimée. Le temps qu’il ait le courage de passer à l’affirmation de soi ou le temps que l’heure soit venue, parce que cela n’aurait pas été possible plus tôt ? C’est souvent le dilemme des Neuf.

Sa bien-aimée, elle, a toutes les caractéristiques du Neuf en tête-à-tête. Plus pimpante, elle affiche le regard typique des tête-à-tête : intensité et séduction. En tant que Neuf, elle ne veut pas s’affirmer non plus, ayant décidé de ne pas faire le premier pas. Manque d’affirmation de son désir ou coquetterie de femme qui souhaite que ce soit l’homme qui formule la demande ? Probablement les deux. Quand ils trouvent le moyen de piéger le coupable, ils doivent improviser, dans un contexte difficile. On sent le temps qui s’égrène… le temps de latence du Neuf ! Et puis, d’un coup, l’idée surgit et leur duo fonctionne. Une fois le moment venu, le Neuf peut surprendre par la puissance de son incarnation.

Le film coule, le mystère demeure jusqu’au dernier moment où l’on découvre que le troisième personnage, le veuf, est une incarnation lumineuse du profil Un social dit « Inadaptable », à comprendre par « soucieux que les règles édictées soient bien appliquées. » Oscar et César du meilleur film étranger, ce film nous offre des personnages bien étudiés et les montre sous un jour où leurs attitudes, plus que leurs mots, transmettent une rare délicatesse. Bon film.

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